L'identité de la ville

Bangalore est une ville cosmopolite résolument tournée vers l'avenir. Sa particularité, c'est d'être la seule ville en Inde dans laquelle, le dimanche au cinéma, des films sont projetés dans 6 langues différentes. On estime que seuls 30% des habitants parlent la langue locale, le Kannada. De ce point de vue, il est facile pour un nouveau venu de s'installer ici et de créer son entreprise. À l'opposé, cela peut créer des tensions parce que la ville n'a pas vraiment d'identité propre et que les locaux peuvent se sentir dépossédés. La ville appartient à 3 grands groupes : une famille, l'église, et l'armée.

Le chantier du métro sur MG road Panorama sur Bangalore

Concernant l'orientation temporelle, on dirait que Bangalore ne semble pas s'attacher outre mesure à son héritage. En ce moment, une ligne de métro est en cours de construction, et nombre de commerces "historiques" ont été rasés au centre ville à cette occasion. Les propriétaires tendent à les démolir et reconstruire au bout de 95 ans, pour éviter que leur propriété passe sous le joug d'une loi qui protège les bâtiments âgés de plus de 100 ans. Par ailleurs, le tourisme historique n'est pas très développé : On n'y trouve qu'un seul organisme qui propose des visites guidées.

La première centrale de distribution d'électricité en Inde ?La ville semble plus déterminée à être à la pointe des avancées technologiques. Les premiers anglais sur place développèrent l'outsourcing en nommant, du jour au lendemain, un immigré responsable de l'approvisionnement de l'armée en une certaine matière première. C'est un de ses rois qui eut l'idée d'enseigner l'anglais à l'école. Ce fut la première ville Indienne à disposer de l'électricité. C'est dans cette ville qu'a été développée une arme appelée "Bangalore". Et c'est là que, tout naturellement, HP est venu s'installer, lançant la silicon valley indienne.

Le passé militaire de la ville

La ville a un long passé militaire, en particulier en tant que point de ravitaillement et de repos dans les terres. Ce passé se retrouve non seulement dans le nombre de bâtiments militaires, mais aussi dans le nom des rues (brigade, commissariat, …)

Les soldats, seuls sans famille ici, et ne combattant pas de bataille, avaient parfois des problèmes de discipline. C'est ainsi que sont nées les premières générations anglo-indiennes. On raconte aussi que, suite à l'amélioration des conditions de circulation maritimes, rendant possible le voyage de l'Europe vers l'Inde en bateau à vapeur en seulement 6 semaines, les "fishing fleet" furent déployés sur les camps militaires. Des femmes à marier faisaient le déplacement pour trouver leur homme en Inde, le temps d'une soirée au bal. "I will do the best I can to follow my Bangalore man."

De même, la tradition européenne voulant que, quand on n'a rien à faire, on boive une bière, l'art de la brasserie se développa à Bangalore. D'abord la bière était importée, mais après un si long trajet, elle n'était plus vraiment bonne à boire. On inventa donc une bière tellement amère qu'il lui fallait mûrir pendant 6 semaines dans les tonneaux pour devenir vaguement buvable. Mais cela ne suffisait pas. La quantité ne permettait d'abreuver que les officiers. Il fallait donc produire local. C'est ainsi qu'est né "United Brewery" ("UB"), dont le groupe créera plus tard la fameuse Kingfisher. Et, bien que l'armée se soit retirée, l'usage est resté. On trouve ainsi autour de MG road / Brigade road pas moins de 65 bars à portée de pieds dans lesquels il est possible de boire une pinte.

Trivia
  • Bangalore est aussi une ville dans laquelle Churchill fut, l'espace d'un an, un hussard de la reine. Il y joua beaucoup au polo, lut beaucoup, écrivit ses mémoires et, cherchant une guerre à combattre qui ferait bel effet sur son CV, quitta la ville en laissant Rs. 13 de dettes au Bangalore Club.
  • Monsieur KittelQui peut-on trouver (sous forme de statues) sur la MG road ? Oui, il y a la reine Victoria et Gandhi, mais qui encore ? Si je vous dis qu'il s'agit d'un Allemand ? En face de la Central Mall ? C'est un coin que la majorité de gens semble ne pas voir. Certes, la statue est un peu cachée dans de la verdure. Mais elle est bel et bien là. Il s'agit du révérend Kittel, un prêtre allemand, qui fut le premier à écrire un dictionnaire de la langue locale, le Kannada. Ce n'est que récemment, il y a une dizaine d'années, que sa statue a été érigée à ce point si central de la ville.
  • On peut trouver l'indication "0 B.M." sur les marches de certaines églises Indiennes. Cela signifie que cette marche a été utilisée comme point de repère ("benchmark") pour mesurer les altitudes lors de l'opération de cartographie de l'Inde.

Une vue victorienne... de Mayo Hall