SSII ou grande entreprise ?
Par NeSto le jeudi, avril 19 2007, 10:13 - Recherche d'emploi - Lien permanent
Contacté par une entreprise de conseil en haute technologie que j'ai promis de rappeler cette semaine, il faut que je me décide à entreprendre ou non des démarches plus approfondies dans ce secteur.
Vous m'auriez demandé il y a 3 ans, je vous aurais répondu sans fléchir que je voulais travailler dans une SSII. La preuve, j'ai retrouvé une lettre de candidature de l'époque pour mon stage de 2A chez Unilog -- qui ne m'a jamais répondu d'ailleurs, et je ne m'en porte pas plus mal. À mon regard de chercheur d'emploi aujourd'hui, les avantages d'une SSII sont :
- La mobilité. On est embauché pour des missions de 6 mois à 2 ans, et ensuite, c'est tabula rasa, il y a possibilité de partir dans toutes les directions.
- Mobilité technologique. Après une mission, il y a possibilité de se former à une autre technologie et de partir sur quelque chose de complètement différent. Quoique je n'y crois pas trop à celle-là : Quand tu as fait quelque chose, tu es plus ou moins considéré comme expert pour cette technologie et tu es mal barré pour t'en débarrasser.
- Mobilité de secteur. Après une mission, il y a possibilité de changer radicalement de secteur. Et hop, je passe des télécoms à l'automobile. Pas besoin de démissionner pour changer de boîte. Mais là encore, je ne suis pas persuadé que ça puisse se faire si facilement. Après deux ans d'expérience, tu ne peux pas vraiment te permettre d'être "débutant" du point de vue business, et les clients de la SSII auront tendance à privilégier un collaborateur qui connaît déjà un peu la matière.
- Mobilité géographique. Celle-là, c'est la seule à laquelle je crois vraiment. Potentiellement, tu peux te faire affecter n'importe où dans le monde, pour peu que ta société de service ait des contacts là-bas. Il suffit de considérer le groupe LogicaCMG, présent dans 41 pays, pour se convaincre de la multitude de destinations possibles.
- Diversité des missions. Bon allez, on va faire comme si j'y croyais. Dans une SSII, le panel des missions offertes est plus large que dans une grande entreprise. En particulier parce que tu es susceptible de changer de secteur. Tu rencontres des gens différents, une autre culture, une autre façon de travailler à chaque fois. Ouverture d'esprit. Découverte.
- Les salaires plus élevés. Si le salaire à l'embauche est assez équivalent dans les deux cas, les SSII ont tendance à proposer des augmentations plus rapides que les grosses entreprises, pour être sûres de conserver leurs employés.
- Preuve de dynamisme. Ca fait classe sur un CV de dire qu'on a été quelques années en SSII.
Aujourd'hui, le contexte est différent. J'ai l'impression qu'il est dans mes moyens de me faire embaucher par un grand groupe et je vois ressortir les défauts des société de conseil, qu'on peut voir comme des "sociétés d'intérim pour ingénieurs" :
- Précarité. La politique RH de l'entreprise joue un rôle particulièrement important. Certes, de nombreuses missions sont susceptibles d'être offertes, mais comment être sûr qu'on obtiendra celle qu'on espère ? Peut-on savoir à l'avance qu'on ne sera pas envoyé sur des technologies considérées comme obsolètes, parce que le marché le demande ? La première mission est définie au moment de l'embauche, mais qu'en est-il des suivantes ?
- Pas de culture d'entreprise. Le fait d'être en vadrouille permanente entre plusieurs site permet de se construire un réseau à travers plusieurs entreprises, mais il interdit la création de contacts durables. On ne peut pas vraiment parler d'équipe, puisqu'après la mission, on ne sait pas du tout où on se retrouvera. De même, tout le temps est passé dans les locaux du client, sans "vrai" contact avec la société de services. Les divers avantages des salariés de l'entreprise (cantine, 13e mois, ...) ne sont pas acquis par les prestataires, et ceux-ci sont vu comme des gens qui ne sont là que pour une durée limitée.
- Stress. L'introduction d'un intermédiaire entre l'employé et le client introduit une pression supplémentaire. Le client, qui paye la main-d'oeuvre beaucoup plus cher, a certainement envie que le projet se termine dans un délai raccourci, puisqu'il paye les frais à la durée (projets en régie). Le suivi régulier de la part du responsable d'agence risque d'être perçu comme un stress supplémentaire. Semaines de 70 heures ?
Et alors ?
Bon, est-ce que je prends rendez-vous chez eux ou non ?
Arguments pour le oui :
- J'ai toutes mes chances de me faire embaucher. M@nu a déjà caractérisé ces gens comme des "bouledogues", et je crois ressentir leur besoin de chair fraîche en ce moment.
- Si je dis non, je me ferme une porte. Si je dis que ça ne m'intéresse pas aujourd'hui, ça la foutrait mal que je me remontre dans la prochaine année, la bouche en coeur, en demandant "coucou, tu as du boulot pour moi ?"
- Qui sait, peut-être que je suis fait pour être consultant alors que je le sais pas ?
- Je ne sais pas vraiment ce que je veux (quel secteur m'attire particulièrement), entrer dans une boite de consulting c'est me laisser plus de portes ouvertes que si je me faisais embaucher directement.
- Mobilité géographique. Je tiens absolument à "voir du pays" dans les 5 prochaines années.
- Ca fait un peu "fine bouche" de refuser une possibilité d'emploi alors que je ne sais même pas ce qui m'y attend. Certes, je n'ai pas encore lancé beaucoup de candidatures, mais au fond ça me fait un peu mal de dire directement non à quelque chose que je ne connais pas.
Arguments pour le non :
- Je vais avoir l'air con à l'entretien d'embauche. "Mais qu'est-ce tu fous là, si t'as pas envie de te faire consultant ?"
- Je n'ai pas envie de bosser comme un demeuré. Je sais que je suis capable d'être particulièrement efficace sur le court terme, mais je ne crois pas réussir à tenir la pression sur la durée.
- Je ne me sens pas la fibre de consultant, "metteur d'idée en normes" comme dirait Bénadon -- "il te demande ta montre pour te donner l'heure"
- Ca n'est qu'"une" boîte de services parmi tant d'autres. Si je change d'avis, je pourrais toujours aller voir à la concurrence.
- Risque de me bloquer l'entrée dans d'autres boîtes, suite aux conventions que passent les sociétés avec leurs prestataires. Par exemple, Guedin m'a raconté qu'il aurait pu entrer directement chez Amad*** s'il n'avait pas démarché Ast** au préalable...
- Il y a d'autres possibilités pour "bouger". Par exemple, je peux faire un VIE, ou entrer dans un groupe suffisamment grand pour être présent de façon conséquente à l'international.
- Je ne crois pas que je perds quelque chose en termes de mobilité sectorielle -- Au forum Supélec, les gens d'At** Or**** m'avaient indiqué qu'il fallait se décider pour un secteur en début de carrière, et qu'il était difficile de changer de voie par la suite.
Bon, même si je reporte cet appel déjà depuis lundi, je me laisse encore jusqu'à demain pour y réfléchir. Ma position à l'instant où j'écris ces lignes : je vais annoncer à la société de conseil que je ne suis pas intéressé pour le moment. Reste à trouver comment faire ça de façon diplomatique.
Commentaires
Bon, ça y est, j'ai rappelé Alt**, et dit que, bien que je sois conscient de la preuve de dynamisme que constituerait le fait de travailler chez eux, et les opportunités de mobilités qui me seraient offertes, je n'envisageais pas de commencer ma carrière dans une société de conseil en hautes technologies :-/
"OK, c'est votre choix, j'en tiens compte."
J'espère ne pas avoir à regretter ce choix dans l'avenir. Ca me donne un peu l'impression de lui avoir claqué la porte au nez... Mais bon, ça me fait un poids de moins sur le coeur.