Une présentation d'une heure de l'entreprise nous a été fournie par Michel Robichon, Marketing produit, incollable sur l'usine. Liebherr est une entreprise familiale, fondée par un boulanger-pâtissier reconverti en mâçon. Il a muté une entreprise de bâtiment en une construction de machines pour travaux publics. Ayant besoin d'un moyen de levage, il a commencer par développer une grue à déplacement mobile en 1949, à Kirchdorf. La chance était qu'il est tombé directement dans le créneau de la reconstruction après-guerre. Les usines et les engins se sont multipliés, pelle sur pneus, chargeuse sur pneus, bouteur (bulldozer), pelle à câble, grue à chenille, ...

Puis, sentant le filon (seuls 10 % des foyers équipés alors), il s'est lancé dans le réfrigérateur. La légende veut qu'il ait construit toutes ses usines lui-même, en venant sur le terrain, il plantait 4 piquets et disait qu'il la voulait ici et comme ça. L'entreprise assure son indépendance en fabriquant elle-même ses pignons, ses vérins, son électronique, et ses moteurs diesel.

Liebherr va jusqu'à se lancer dans l'aéronautique, où il équipe les trains d'aterrissage. De même, il se lance dans l'hôtellerie, ne pouvant supporter de devoir faire plusieurs kilomètres pour aller visiter l'une de ses usines en Irlande. Le résultat est à la démesure du personnage, et 6 hôtels cinq étoiles voient le jour...

Liebherr aujourd'hui, en 58 ans, c'est une société qui réalise 6 milliards d'euros de chiffre d'affaires avec 26000 employés. Elle est constituée d'une centaine de sociétés. Familiale, elle reste indépendante, n'est pas cotée en bourse, et ses dirigeants ne donnent pas d'interview. Le créneau est un secteur de niche, basé sur la technique. Dans ses produits, Liebherr occupe la quatrième place mondiale, derrière Caterpillar, Komatsu et CNH.

L'usine de Colmar est spécialisée dans la construction de pelles sur chenilles. Le site fait 34 Ha et emploie 1480 personnes. Un projet de construction d'un second site de 65 Ha près de l'aéroport en ferait le plus gros employeur de la région, devant l'hôpital.

Colmar fabrique 16 types de pelles sur châssis, avec 84 types de châssis. Le modèle le plus vendu est la 924, qui pèse 35 Tonnes. Elle fabrique également des monstres de 140 Tonnes, prévus pour le déchargement de ferraille, ainsi que des pelles minières prévues pour des chantiers de 6000 Tonnes par heure, 6000 heures par an. Pour info, une telle pelle consomme dans les 450 L de gazole par heure.

Ce qui frappe pendant la visite, c'est la dimension de ce secteur. Les pelles sont des engins énormes, au coût énorme (plusieurs millions d'euros), qui sont revendus à des entreprises de travaux avec des contrats de maintenance conséquents. Pour ces contrats, c'est toute l'équipe qui se déplace, pour remonter la pelle sur le site (environ une vingtaine de camions, 3 jours de montage, un hall complet à construire), et ce dans des endroits improbables où tout reste à faire, i.e. sur des chemins, au fin fond de l'antarctique etc. En gros, la grue est vendue avec l'équipe qui l'accompagnera sur le chantier, le micro-ondes, les packs d'eau, les rouleaux de PQ, etc.

Spécialisée dans son secteur de niche, Liebherr se refuse à définir un modèle "standard". La construction se fait sur mesure, selon les besoins du client -- par exemple Liebherr conçoit des pelles sous-marines qui s'adaptent aux contraintes réglementaires spécifiques (huiles biodégradables), ou des pelles qui peuvent fonctionner en zone très froide (moteur électrique).

Le pricing, dans ce milieu, se fait à la taille du godet. Les acheteurs auront toujours tendance à chercher le godet le plus grand pour le prix minimal. Pour éviter l'utilisation d'outils "fait maison" avec ses engins, Liebherr les équipe d'une puce d'identification.

A la tête de cet empire, et décédé en 1993, Hans Liebherr n'aura pas eu le bonheur de connaître la surprise que ses enfants lui avaient préparée en créant un vignoble dans le bordelais...